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La mise sous traitement (Texte
intégral)
Le premier traitement et son initialisation
représentent un événement important dans
la vie des personnes séropositives. Souvent, les personnes
sous traitement distinguent ce qu'elles qualifient comme "
ma vie avant et ma vie avec le traitement ". Le premier
traitement marque l'entrée dans une nouvelle histoire
de la séropositivité. Elle est vécue diversement
comme le signal de rappel d'une vulnérabilité,
un nouveau positionnement existentiel, une forme de soumission
volontaire, une prise de décision face à un risque,
le résultat d'une démarche rationnelle, le seul
moyen d'échapper au pire.
Le patient a ses propres attentes face au traitement et ces
dernières ne recoupent pas forcément les motifs
de la prescription. Les personnes sous traitement utilisent
souvent des expressions comme l'efficacité, le maintien
en vie, l'inactivation virale, la rémission, le sursis,
la prévention des infections opportunistes pour qualifier
leurs attentes (Tourette-Turgis C. , Rébillon M., 1999).
Le médecin a ses propres objectifs et attendus lorsqu'il
décide de proposer et prescrire au patient un traitement.
Il a aussi plusieurs questions qui se posent à lui :
est-ce que ma stratégie thérapeutique est la bonne
? Mon patient est-il prêt ? Avons-nous déjà
évoqué cette situation ? Comment le lui annoncer
? Que dois-je lui dire (motifs de la proposition, informations
générales, etc.) ? Comment faire pour éviter
de provoquer son anxiété ? Comment va-t-il réagir
? Dans quel contexte médical intervient ma proposition
: l'urgence ou non ? Comment lui donner le temps et les moyens
de prendre sa décision ? Comment le préparer à
intégrer le traitement ? Quel soutien lui proposer ?
Dans ce chapitre, nous aborderons les cinq thèmes
suivants :
- la prise de décision de traitement chez le patient,
- la proposition de traitement,
- le contrat thérapeutique,
- l'aide à la mise en place de routines,
- le soutien du patient en terme d'observance.
Illustration d'une
mise sous traitement
négociée entre un médecin et un
patient
Damien a 19 ans. Il a été
contaminé il y a 2 ans. Il y a 4 mois, son médecin
a commencé à le préparer à
l'idée de traitement car ses analyses biologiques
n'étaient pas bonnes : 150 000 de charge virale
et 450 T4.
Le médecin lui a expliqué
qu'il lui proposait le traitement pour éviter
toute aggravation ultérieure. Ensuite, il a proposé
plusieurs options thérapeutiques à Damien.
Ce dernier a fait part de ses deux critères prioritaires
: pas de nausées, pas de diarrhées à
cause de son travail dans la restauration. Le médecin
lui a laissé choisir le moment où il désirait
commencer son traitement. Damien a hésité
entre deux périodes de congé (mai ou juillet)
puis s'est décidé pour mai. Une semaine
avant, le médecin a refait le point avec Damien
sur ses horaires de travail (6h30-15h) et lui a proposé
un régime thérapeutique à 2 prises
par jour (matin et soir).
Damien, que nous avons rencontré
en juillet 2000, soit 2 mois après le début
de son traitement, raconte ainsi sa première
journée de traitement. " J'ai vu mes médicaments
et je me suis effondré. Cela m'a fait le même
effet que lorsque j'ai appris que j'étais séropositif.
J'ai pleuré. Ma vie était brisée,
je n'avais plus de futur
Ces sentiments ont été
très difficiles à supporter pendant les
4 premières semaines. "
Au cours du premier mois, Damien a perdu l'appétit,
du poids (2 kilos). Il a éprouvé soudainement
une grande fatigue lui rendant la matinée difficile.
Celle-ci s'est estompée dès la fin du
premier mois.
Damien nous a fait part également des questions
qu'il s'est posé lors des premières semaines
de son traitement et il nous les a résumées
ainsi :
- Qu'est-ce que ce traitement va me faire ?
- Est-ce que je vais vomir ?
- Est-ce que ce traitement va marcher ?
- Est-ce que cela va se voir que je prends un traitement
?
A la fin du premier mois, Damien a fait
des analyses biologiques. Sa charge virale est devenue
indétectable, et ses T4 sont passés de
450 à 610. Ces résultats ont été
un grand moment de joie pour lui et il a partagé
cette première réussite avec son médecin.
L'annonce de ces résultats a immédiatement
réduit son niveau d'anxiété et
la crise dépressive du premier mois.
A la fin du deuxième mois, d'autres
questions sont venues se rajouter,
comme celles-ci :
-
Est-ce que je vais continuer à
les prendre sur un temps indéfini sans m'en
lasser ?
-
Est-ce que je vais avoir une lipodystrophie
?
-
Est-ce que mon traitement va continuer
à marcher longtemps ?
Au niveau de son observance thérapeutique,
Damien a oublié 3 ou 4 prises au cours des 8
semaines précédentes, soit parce qu'il
s'était endormi au petit matin après une
sortie, soit parce qu'il était sorti un soir
sans avoir pris ses médicaments sur lui.
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Extraits
du livre
"Accompagnement et suivi
des personnes sous traitement antirétroviral"
Catherine Tourette-Turgis, Maryline Rebillon
Ó
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