Comment Dire études de cas



La situation exposée ci-après a pour objectifs
d’illustrer les stratégies et les outils de counseling
qui peuvent être employés dans l’accompagnement.

prec
suiv

 



LEONTINE ou Un exemple de
stratégie d'ajustement


Léontine, originaire du Zaire, est âgée de 31 ans. Elle a découvert sa séropositivité en 1993 au cours de sa première grossesse. Elle est sous trithérapie ainsi que son fils Samy, âgé de 3 ans. Ce dernier a été hospitalisé au cours des deux premières années après sa naissance.
Léontine se sent très seule dans la vie au niveau familial. Le père de son fils l’a quitté dès l’annonce de la séropositivité de Samy, par peur et colère, dit-elle. Sa famille est loin et elle est sans emploi.
Les traitements lui donnent " la force de lutter "

" La vie commence à changer, les bilans de sang sont meilleurs et moi cela m’aide aussi à prendre mes médicaments. Mon fils, il les demande tout seul ses médicaments, il se dirige vers le placard. "

Léontine attribue la maladie de son fils et la sienne à des causes externes.

C’est le Bon Dieu qui a voulu que ce soit comme cela. "

Elle attend beaucoup de la recherche médicale et en même temps exprime ses craintes au sujet des effets des médicaments.

" Cela m’inquiète. Comment cela va faire dans le corps. "

Quand on creuse dans l’entretien la question plus avant, Léontine explique alors que d’autres mamans lui ont dit qu’il ne fallait pas donner trop de médicaments à son fils.

" Elles m’ont dit : tu donnes trop, il faut pas donner tout le temps, on sait pas ce que cela va faire dans le corps de ton fils. "

Léontine a été malade quand elle était enfant et elle a bénéficié d’une médecine à base de plantes. Elle a donc quelques difficultés à s’ajuster à une médecine centrée sur la prise de médicaments. Cela la place dans un conflit de valeurs, notamment lorsqu’elle évoque son enfance traversée par les maladies et les soins différents prodigués aux très jeunes enfants.

Elle a bénéficié, grâce à une association d’un ensemble d’informations qui lui ont permis de réajuster les horaires de prises et les horaires d’alimentation de son enfant.

" Je ne savais pas, alors j’attendais 3 heures pour donner à boire et à manger à Samy. C’était trop long, il réclamait. C’était trop dur. "

Léontine a de fréquentes crises d’inquiétude à propos de son fils. Pour elle, son inquiétude remonte à l’annonce de la séropositivité de Samy.

Je pleurais... je pouvais rien faire, j’avais peur pour lui, j’avais peur pour moi car il avait besoin de moi. J’ai appelé une cousine car je ne pouvais pas garder cela pour moi toute seule. Son père, lui aussi séropositif, est parti en disant que nous allions tous mourir."

Léontine a développé une stratégie d’ajustement à la mesure de sa solitude et de sa détresse. Elle a puisé dans son environnement communautaire et ses racines culturelles une force lui permettant de faire face à l’inquiétude et de continuer à prendre soin de son enfant. Elle a recueilli un autre enfant de 8 ans dont elle tient à s’occuper. Ce nouveau venu dans la famille qu’elle appelle Junior, s’est attaché à Samy à tel point que lorsque Samy est malade, Junior ne mange pas. Junior aide Léontine à prendre soin de Samy et en retour Léontine en prenant soin de Junior puise dans cette relation les forces psychiques pour dépasser les grands moments d’inquiétude et de dépression auxquels elle est exposée dès que Samy tombe malade ou est hospitalisé. Junior participe au traitement. Il va les chercher dans le placard à l’heure des prises et explique à Samy qu’il est malade et doit prendre ses médicaments.

J’ai besoin de Junior car ma mère a eu cinq garçons et huit filles. Moi aussi j’ai été malade quand j’étais petite et je sais qu’on guérit plus vite s’il y a d’autres enfants autour de l’enfant qui est malade. Quand on est nombreux, c’est la santé qui gagne sur la maladie sinon tu peux rien faire de bon si tu es seule avec ton enfant, tu n’es pas assez forte surtout si toi aussi tu es malade. "

Interrogée sur ses priorités, Léontine évoque l’obtention d’un emploi, d’un logement et d’une formation.

Elle est heureuse de participer aux activités de redynamisation proposées par une association et demande à recevoir plus d’informations sur les traitements.

 

 

Les mères qui ont de jeunes enfants sous multithérapies sont bouleversées dans leur processus psychiques d’advenir comme mères et elles achoppent inévitablement sur deux stades décisifs dans la relation mère-enfant : la sollicitude et l’inquiétude maternelle. Cette inquiétude qu’éprouve toute mère dans les premiers mois qui suivent la fin de la grossesse et qui contient toujours un cortège d’angoisses et de frayeurs touchant à la survie du bébé ne peut se résorber quand ce bébé est confronté dans la réalité à son diagnostic sévère. Par ailleurs, la sollicitude ne peut tempérer l’inquiétude dans la mesure où l’inquiétude est si forte qu’elle menace voire entame et détériore les capacités de sollicitude. Ainsi, nous avons été confrontées à des mamans qui avaient perdu toute capacité de sollicitude à l’égard de leur bébé parce qu’elles étaient au prise avec une inquiétude maternelle destructrice. Ces mères étaient sidérées par l’angoisse de mort et ne pouvaient plus donner les traitements à leurs enfants. Elles avaient besoin de quelqu’un à leur côté pour leur éviter d’être débordées psychiquement par une trop forte inquiétude qui se nourrissait d’angoisses de mort insoutenables.

Une mère nous confie :

Si je dis que je ne peux pas donner les médicaments on va me retirer et placer mon enfant... ce qu’il faudrait c’est que quelqu’un vienne habiter chez moi un petit peu pour pas qu’on m’enlève mon enfant. "

Des associations comme Sol en Si ont mis en place un système d’accompagnement des traitements. Quand les mères ne peuvent pas donner les traitements, des éducatrices s’en chargent. L’enfant bénéficie d’un accueil dans la journée et ses traitements lui sont prodigués.

 

1 - Elaboration sur les stratégies d’ajustement à la séropositivité, à la maladie, aux traitements.
  • Informations et soutien autour de l’intégration des traitements (adhésion fragile)
  • Travail sur le conflit existant entre l’acceptation de la séropositivité " C’est le Bon Dieu qui a voulu que cela soit comme cela " et la relative non-acceptation des traitements " Comment cela va faire dans le corps ? "
2 - Accompagnement et résolution de problèmes
  • Renforcer le soutien social
  • Réduction des facteurs de stress (emploi, stage)
  • Orientation vers un groupe de paroles sur les traitements
3 - Soutien identitaire et communautaire
  • Faciliter les rencontres avec d’autres personnes de sa communauté
  • Eviter une approche causale au profit d’une approche centrée sur le sens
  • Envisager avec Léontine le système de cohérence le plus adéquat à ses besoins pour qu’elle puisse continuer à prendre soin d’elle-même et de son fils.


Le praticien du counseling va ensuite ouvrir du côté des groupes de paroles existants à l’association et de l’information. Il présentera toujours celle-ci en ayant à l’esprit que Léontine se situe plus du côté des stratégies d’ajustement fondées sur le sens que sur les causes. Il veillera à ce que Léontine puisse trouver sa voie à travers les deux cultures qui traversent sa trajectoire depuis l’infection à V.I.H. Il l’aidera à trouver par elle-même un sens qui l’aide à prendre son traitement et à donner ses médicaments à son fils.

 

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Extraits de l'ouvrage
Infection à VIH et Trithérapies : Guide de counseling
Catherine Tourette-Turgis

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