Comment Dire études de cas



La situation exposée ci-après a pour objectifs
d’illustrer les stratégies et les outils de counseling
qui peuvent être employés dans l’accompagnement.

prec
suiv

 


KHALID
ou Les pratiques de non-observance

 

 

Khalid, 37 ans, contaminé depuis 1990, sous trithérapie depuis octobre 1996, explique toutes les raisons de non-observance de son traitement en distinguant lui même ce qui dépend de lui et ce qui dépend de ce qu’il appelle " les conditions d’une vie normale "

" Chaque fois que les forces de police m’emmènent au dépôt, ils me laissent sans médicaments, donc je rate les doses. J’ai beau leur réclamer et toujours avoir mon ordonnance sur moi, ils ne me donnent rien et en profitent pour me crier dessus parce que je suis séropositif et algérien. La dernière fois, j’y suis resté quatre jours et j’avais seulement sur moi assez de médicaments pour une journée. Il faudrait qu’au dépôt il y ait un exemplaire de chaque médicament et qu’avec nos ordonnances on nous les donne. La dernière fois que je n’ai pas pris massivement mes médicaments, c’était pendant le Ramadan, parce que je ne voulais ni boire ni manger pendant la journée... en revanche, cela a été formidable pour moi car je n’ai eu ni douleur ni nausées pendant tout ce temps. La semaine dernière, je n’ai pas pris mes médicaments mercredi parce que je me suis saoulé... j’avais envie de me saouler et de pleurer toute une journée. ... Sinon, je les oublie aussi parfois ou bien alors mes médicaments sont là devant moi... je les vois...je ne les oublie pas...je me dis ‘je vais les prendre’ quelques minutes après je vais me promener et j’oublie de les prendre quand je rentre. Mon idée est que pour prendre les médicaments, il faut avoir une vie normale, ne pas être tout seul et être aidé. Je suis un raté, je ne suis pas avec ma famille, ma mère est loin, je n’ai pas d’avenir. Il faut avoir un petit chez soi, être en règle, avoir un travail, se lever tôt tous les matins, manger avec une personne, une petite bête comme un chat qui ronronne dès qu’on le touche, des plantes et venir voir des gens comme vous pour la déprime et la nervosité qui me font faire des conneries "

Khalid évoque ensuite sa tristesse à ne pas pouvoir avoir d’enfants et ne pas pouvoir répondre au désir de sa mère qui trouve qu’il est temps qu’il se marie et fasse des enfants

Il fait part aussi des valeurs qu’il attribue à ses traitements :

" Je prends mes médicaments comme je prends une aspirine, je ne me dis pas que c’est pour le S.I.D.A. car cela serait insupportable dans ma tête. Il y a l’espoir c’est tout, il n’y a pas le S.I.D.A.... avant c’était bien je prenais un seul médicament toutes les 8 heures et après toutes les 4 heures. Là, il y en a beaucoup trop parce que j’ai aussi de l’herpès et des champignons. "

 

Les pratiques de non-observance et le vécu de Khalid mettent en évidence un certain nombre de problèmes à traiter dans la démarche d’accompagnement.

  • Par exemple, dans la mesure où Khalid a utilisé l’évitement comme mécanisme de défense pour pouvoir rendre acceptable pour lui-même son infection à V.I.H., comment pouvons-nous introduire dans un entretien la question des traitements ? On peut tout d’abord délier les causes externes de non observance de Khalid des causes internes.
  • L’abord de la problématique d’observance de Khalid pose la question de la mise à disposition des traitements dans tous les espaces institutionnels en se centrant sur l’étude des parcours individuels et sociaux des personnes séropositives dans la cité.
  • Lorsque Khalid évoque le Ramadan, il nous dit bien lui-même que le problème n’est pas le Ramadan en soi qui dispense les malades de le faire mais son désir à lui de le suivre. Il a besoin de se sentir relié à une communauté d’appartenance.
  • Les causes internes renvoient aux états émotionnels qui peuvent faire obstacle à l’observance comme la tristesse mais aussi à la difficulté de Khalid à affecter une valeur positive à ses traitements.
  • Il nous montre le chemin sur lequel on peut l’accompagner. Il exprime une demande d’aide.

 

1 - Elaboration autour de la notion d’observance
  • Valeur attribuée par Khalid à son traitement et au vécu secondaire des effets secondaires
  • Lister les facteurs de vulnérabilité auxquels est exposé Khalid (solitude, marginalisation, éloignement de la famille, alcool et gestion des émotions) et travailler sur chaque facteur en utilisant une approche résolution de problèmes et une approche centrée sur les émotions.
2 - Elaboration autour du soutien social
  • L’impact de l’infection à VIH sur les appartenances (famille, Ramadan, ...) de Khalid.
  • Aider Khalid à identifier ses besoins et à formuler une échelle de priorités subjectives.
  • Accompagner Khalid dans ce qu’il formule comme étant ses besoins fondamentaux ( régularisation de sa situation, mise en places d’activités, ressources amicales, aides matérielles, logement.

3 - Elaboration sur les stratégies face à l’infection à V.I.H.

  • Le vécu de la séropositivité depuis 1990
  • Impact de la séropositivité dans sa vie
  • Reprendre le vécu traumatique de la séropositivité ( rejet, peurs, perte d’espoir..)


Extraits de l'ouvrage
Infection à VIH et Trithérapies : Guide de counseling
Catherine Tourette-Turgis

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