Comment Dire étude de cas
La situation exposée ci-après a pour objectifs
d’illustrer les stratégies et les outils de counseling
qui peuvent être employés dans l’accompagnement.
FRANÇOISE ou La trithérapie comme
Françoise a 33 ans, un ami, une fillette de 7 ans. Elle a découvert sa séropositivité en 1985 et a eu plusieurs infections opportunistes (pneumocystose, méningite). Elle fait partie des premières personnes à avoir bénéficié de la méthadone en France. Depuis dix ans, elle est suivie par la même équipe pour sa toxicomanie et depuis un an et demi elle est sous trithérapie.
" Depuis la trithérapie, je pense autrement... j’ai ma façon de penser qui a littéralement changé... avant il fallait que je pense vite... maintenant je fais des projets à 5-10 ans... avec mon ami, on a ouvert un livret-épargne logement. La trithérapie, cela nous rallonge le temps... cela change tout de pouvoir penser à long terme, de ne pas avoir de barrières du temps, cela permet des projets. On n’en sortait pas, ... déjà que c’est le réflexe de tout toxico de penser vite et de vouloir tout, tout de suite, donc avec le S.I.D.A., c’était encore pire car il nous enlevait le temps. C’est la première fois, grâce aux trithérapies, que je peux penser différemment dans ma vie. "
La trithérapie, dans le parcours de Françoise, représente un point de bascule dans son organisation de l’agir et du temps. Comme souvent les toxicomanes, Françoise était dans l’incapacité d’être dans la satisfaction différée. L ’infection à V.I.H., en lui enlevant la capacité biologique à différer, renforçait ce symptôme et avait renforcé la destruction de ses capacités d’anticipation. La trithérapie réintroduit une double temporalité : biologique et psychique et semble réduire " l’acting out " obligé des toxicomanes. En revanche, Françoise est confrontée à d’autres aléas du temps : l’oubli comme acte manqué.
Le beeper :
Françoise saute la prise de 15 heures et manifeste l’intention de s’acheter un pilulier avec un beeper. La dose de 15 heures est la seule dose de la journée où Françoise ne bénéficie d’aucun accompagnement de la part d’autrui :" Le matin, mon mari me met les médicaments à côté du bol, ensuite je viens à la clinique L. où je rencontre les autres pour prendre ma méthadone et le soir mon mari me dépose à nouveaux mes médicaments à côté de mon assiette. "
La prise de médicaments est organisé par l’extérieur pour Françoise, le beeper venant compléter le dispositif d’assistance et d’accompagnement.
Le vécu des effets secondaires : un paradoxe apparent
Françoise décrit de multiples effets secondaires des traitements : douleurs musculaires et articulaires, problèmes digestifs, gaz, douleurs abdominales soudaines et violentes, fatigue, essoufflement et absence d’orgasme qu’elle attribue non pas aux traitements V.I.H. mais à la méthadone. Néanmoins, elle a une image positive de ces nouveaux traitements et y est très attachée, surtout depuis le dernier échappement qui s’est soldé par une remontée de la charge virale. Est-ce qu’on ne peut pas associer à ce paradoxe de l’attachement aux traitements malgré leurs désagréments, le paradoxe de l’attachement aux produits toxiques qui provoquent eux-aussi un certain nombre de désagréments somatiques. Le traitement V.I.H. est investi comme un bon objet prescrit en vue d’atteindre la santé alors que la méthadone est investie en tant que produit de substitution comme quelque chose de culpabilisant (plaisir ?)." Il y a eu une époque où cela me gênait de prendre de la méthadone... j’avais l’impression d’être toujours aussi toxico... j’ai réalisé que c’était une connerie d’arrêter... je réussis petit à petit à me libérer de cette culpabilité, maintenant je la prends comme un médicament."
Françoise a besoin que le traitement V.I.H. passe par l’autre : elle est dans l’impossibilité de se l’auto-administrer, d’où son perpétuel échappement à la dose de 15 heures où personne n’est là pour " lui prescrire " la prise.
L’investissement de l’environnement : l’exemple des structures d’accompagnement de la méthadone.
Françoise montre bien l’importance du soutien proposé par toute la structure de maintenance organisée autour de la méthadone :" J’ai été une des premières à pouvoir bénéficier de la méthadone en France... au début, c’était affreux. On nous faisait venir à un quart d’heure d’intervalle pour ne pas qu’on se rencontre, cela se passait à la va-vite. Là, ce qui est bien, c’est qu’on te donne une plage horaire très souple et beaucoup de choses autour. Par exemple, tu peux prendre ton petit déjeuner le matin au centre avec d’autres personnes. Il y a une parole libre et si tu veux aborder un problème, tu peux toujours accrocher un écoutant au passage de l’équipe. Il y a un médecin ici, j’en ai fait mon médecin traitant. J’ai une assistante sociale sur place et un psychiatre avec qui je peux avoir des entretiens et celui qui me suit pour ma méthadone depuis dix ans. Quand cela ne va pas, je ne suis pas obligée d’attendre, je demande, ou même dans l’équipe ils le voient d’eux-mêmes quand on va pas bien ou des fois, entre nous, on va dire à l’infirmière " celui-ci ,il va pas bien ce matin, faudrait que vous le voyiez " c’est comme un système familial... quand on n’arrive pas à venir chercher la méthadone comme moi la semaine dernière qui suis restée clouée au lit deux jours, on vient vous l’apporter au domicile... avant, ils nous l’apportaient même lors des gardes à vue au dépôt. "
Françoise nous décrit avec beaucoup de précision un système de maintenance mis en place pour la méthadone qui pourrait peut-être nous faire réfléchir à ce qui pourrait être mis en place pour accompagner les personnes sous trithérapie qui ont besoin de ce type de soutien.
Le désir d’enfant
Françoise utilise les préservatifs sauf qu’elle pense à pouvoir l’enlever d’ici peu, entre le 9ème et 17ème jours, parce qu’elle veut avoir un deuxième enfant. Elle a fait une fausse couche et souffre " d’avoir perdu " ce qu’elle appelle sa fertilité.
| 1 - Travail d’élaboration autour de la double prise méthadone et trithérapie afin de : |
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| 2 - Elaborer sur le désir d’enfant et le vécu douloureux de la fausse couche : |
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Extraits de l'ouvrage
Infection à VIH et Trithérapies : Guide de counseling
Catherine Tourette-TurgisÓ 1997 - Comment Dire. All rights reserved.
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