Comment Dire étude de cas

 

La situation exposée ci-après a pour objectif
d’illustrer les stratégies et les outils de counseling
qui peuvent être employés dans l’accompagnement.

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CHANTAL ou Les difficultés à donner
un sens au traitement

 

Chantal, séropositive depuis 1993, a mis quatre ans avant d’avoir accès au traitement.

Il fallait que j’intègre le fait d’être malade sans me sentir malade... Il m’a fallu toutes ces années de préparation car j’ai été traumatisée par la manière dont cela s’est passé pour le père de ma fille. Il était sous traitement mais j’ai eu l’impression que tous ces traitement ne servaient à rien... Il a été très malade très vite, il a tout eu, la toxoplasmose, la paralysie et il est même mort aveugle, il avait des traitements lourds et en fait cela servait à rien."

Chantal fait une distinction entre la méthadone et sa bithérapie.

" Pour un toxico, c’est pas un médicament, c’est une substitution, c’est la même chose pour moi que d’aller chercher la came, mais cela permet de réfléchir sur plein de choses au passage. La méthadone c’est quelque chose qui va te permettre de passer à autre chose... des fois je me dis " je vais aller prendre un opiacé " alors que pour le S.I.D.A. je me dis presque " je vais encore prendre des poisons, des mauvais trucs quoi "... moi, j’ai jamais été très médicaments... à part de l’héroïne, j’ai rien pris depuis sept ans hormis la bithérapie et une fois un antibiotique il y a six ans pour une angine. "

Chantal est sous bithérapie depuis un mois, en attendant d’être sous trithérapie dès qu’elle parviendra " à se discipliner " dit-elle. Elle a peur de prendre ces médicaments " ad vitam eternam " d’autant plus qu’elle a l’impression qu’elle a toujours évité soigneusement de se confronter à sa séropositivité. Elle n’a jamais été malade et c’est lors du dernier examen annuel qu’elle a découvert qu’elle n’avait plus que 40 T4.

Je me sentais fatiguée mais j’ai néanmoins été étonnée car je n’étais pas malade. J’ai dit au médecin ‘attendez' ! je ne veux pas tout savoir en même temps alors on a fait un autre examen 20-30 jours plus tard et là, les résultats catastrophiques, je n’ai pas hésité une seconde. "

Chantal est sous méthadone depuis quatre ans.

J’ai du mal à arrêter... à cause de la peur du manque... la peur de retrouver les symptômes car plus on prend longtemps de l’héroïne, plus on a peur de manquer... en même temps ce qui pourrait m’aider à arrêter c’est que maintenant cela me fait beaucoup de médoc, d’autant plus qu’il ne faut pas sauter de doses. "

Chantal tente de " se discipliner " et apprécie d’avoir une bithérapie car elle peut routiniser ses deux prises par jour matin et soir et se préparer à une trithérapie. Elle a repris du poids et elle puise ses forces pour le traitement dans ses observations de son entourage.

" On sent, on voit des gens moins malades, on voit bien que les gens ne meurent plus... on n’est pas tout seul avec cette maladie... l’intérêt quand on est toxico, c’est qu’on est tous ensemble... on se rencontre toujours dans les mêmes lieux y compris à l’hôpital, on se connaît bien, donc on peut contrôler ce qui se passe. "

Chantal est bien consciente des phases de cheminement qui mène à l’adhésion au traitement.

" Les traitements obligent à s’accepter comme malade... peut-être que psychologiquement c’est pas mal... on se regarde plus, on est plus vigilant, on regarde les choses un peu plus en face... "

Chantal nous indique d’elle-même le plan de la démarche de counseling à entreprendre. Un premier temps du travail va consister à l’aider à élaborer sur sa séropositivité. Ce travail nécessite de reprendre la douloureuse histoire de la fin de vie de son partenaire. Plusieurs fois, elle y revient au cours de l’entretien.

" Cela ne me donne pas tellement confiance d’avoir assisté à cinq ans de souffrance dont deux ans et demi de quasi-démence. "

La spectacularisation de la souffrance de son partenaire l’a mise dans un équivalent de l’horreur et de l’innommable, ce qui l’a obligé en retour pour s’en protéger à développer une stratégie d’évitement fondée sur un déni auto-protecteur. La mise sous traitement vient attaquer l’enveloppe protectrice du déni et fait remonter l’expérience douloureuse qu’elle a dû traverser aux côtés de son partenaire. Une phase de counseling va devoir être consacrée à la réhabilitation positive du sens à attribuer aux traitements et aux capacités de la médecine à " secourir " les malades. Une colère remonte en elle : le fait que son partenaire ait été privé des traitements morphiniques anti-douleur parce qu’il était toxicomane.

La voie de sortie nous est indiquée par Chantal elle-même et le travail de counseling devra s’y arrimer : ce qu’elle appelle " la récupération de sa capacité à travailler ". En effet, Chantal se plaint des difficultés à se remettre dans une discipline de travail.

" J’ai du mal à travailler, j’ai eu une société d’édition pendant sept ans mais je n’arrive plus à aller voir les gens et je suis confrontée même dans le milieu de l’édition à un renvoi d’images difficiles à gérer. Il me faudrait quelqu’un qui m’aide à démarrer. Je voudrais réussir à m’imposer trois à cinq heures de travail par jour... par rapport à mon image, à l’argent... "

La problématique de Chantal nous ouvre la voie à la mise en place d’une stratégie de counseling de " réhabilitation " et de " récupération " des capacités fonctionnelles du moi. Le travail de counseling doit pouvoir aussi explorer les réponses sociales disponibles en terme d’accompagnement au retour à une activité. Par exemple, Chantal, bénéficiaire du RMI (Revevenu Minimum d'Insertion), pourrait bénéficier d’un stage de formation continue sur l’informatique appliqué à l’édition. Cela lui permettrait de résoudre une de ses difficultés : avoir été exclue de l’évolution de son propre outil de travail. Comme elle l’exprime justement :

... en plus maintenant, tout est informatisé et il faut que je rattrape aussi tout ce qui s’est passé ces dernières années dans les techniques d’édition. "

 

1 - Elaboration sur la valeur à attribuer au traitement comme résultant d’un travail sur des thèmes comme :
  • le poison (peurs)
  • les attentes face au traitement
  • les effets visibles (reprise de poids)
  • l’émergence de nouveaux désirs
  • l’expérience douloureuse de la perte de son ami
  • les avancées de la médecine
2 - Elaboration sur le vécu et l’intégration dans la vie quotidienne des traitements :
  • routinisation de la prise
  • effets secondaires
  • analyse des causes d’échappement
  • impact sur la vie familiale
  • accès aux soins, visites médicales
  • les effets positifs des nouveaux traitements
3 - Elaboration d’un projet de socialisation :
  • ressources et soutien
  • définition d’un projet à court, moyen et long terme
  • initialisation d’une nouvelle activité

 

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Extraits de l'ouvrage
Infection à VIH et Trithérapies : Guide de counseling
Catherine Tourette-Turgis

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