n°17 - juillet-août 93
D'année en année, à travers le traitement psychosocial de la prévention et du soin dans l'épidémie, on mesure au niveau mondial l'essor, l'évolution et les tendances du counseling. A la conférence de Berlin sont apparues les premières dissidences, inévitables à l'intérieur d'une pratique ayant acquis un certain droit de cité.
Globalement, les services de counseling se multiplient dans les associations, les hôpitaux, les centres de dépistage, les communautés de vie. Le counseling est pratiqué par des travailleurs sociaux, des médecins, des personnes séropositives, des infirmières, des psychologues, des volontaires, ou des éducateurs. A l'instar de la Grande-Bretagne, on assiste à l'émergence ça et là d'un corps professionnel, celui des «HIV counselors». C'est peut-être ce qui explique cette année le nombre de communications portant sur les modalités de formation et de supervision des counselors. Diffusé par le biais de l'OMS dans 80 pays, le counseling s'adapte aux structures locales de son implantation. Ainsi observe-t-on, dans les pays en voie de développement, une organisation communautaire du counseling. Dans les villages, les femmes assurent des fonctions de counselors auprès des familles décimées par l'épidémie. Elles organisent les repas de funérailles et accompagnent les membres de la famille pour leur permettre de faire face au chagrin et aux difficultés matérielles engendrées par la perte de l'un des leurs.
En Ouganda, une observation conduite dans les dispensaires auprès des personnes demandeuses d'un traitement anti-vénérien montre une plus large demande et une meilleure efficacité du counseling auprès des couples qu'auprès des personnes seules (1). Le counseling est l'occasion pour un couple d'aborder les questions de planification des naissances et d'économie familiale. Une conférence plénière, l'an passé à Amsterdam, nous avait déjà montré les limites de l'approche individualiste du counseling de type occidental dans les cultures où les notions de couple, de famille et de groupe prévalent sur celle de l'individu.
La plupart des pays associent la démarche de test et le counseling mais cette association donne lieu à d'importantes divergences. Il s'agit en fait plus souvent d'une simple information, voire d'un questionnaire ou d'un prétexte à injonction ou à contrôle que de counseling. En revanche, quand la démarche de test comprend véritablement une démarche de counseling, les auteurs des communications nous éclairent sur les processus psychologiques en jeu dans la démarche de test et la prévention. Par exemple, une étude menée à Mexico auprès de 1 220 personnes sous la direction de E. Salomé suggère la prise en compte dans le counseling pré et post-test de la culpabilité, de la peur et du déni comme facteurs prédictifs d'idées ou de tentatives de suicide.
Berlin nous montre la ligne de fracture qui commence à s'opérer entre une approche du counseling centrée sur une information médicale et une approche du counseling centrée sur la personne. Parmi les auteurs appartenant à ce dernier courant, on retrouve comme par les années passées D. Miller (2) et R. Bor (3) (Grande-Bretagne), D.H. Balmer (Etats-Unis) et U. Grüninger (4) (Suisse) qui, cette année, ont présenté des communications sur la formation et la supervision des counselors. La France a présenté plusieurs communications sur le counseling concernant le soutien psychologique des personnes, la démarche volontaire de test, le soutien des mères d'enfants séropositifs et la formation des médecins.
Au chapitre des innovations, on note, à San Francisco, la création d'un centre de counseling créé pour répondre aux besoins spécifiques des adolescents en matière de soutien et de prévention.
Le counseling prend aussi sa place en Grande-Bretagne dans les essais thérapeutiques. Il vise à réduire l'anxiété, à apporter à la personne un soutien psychologique et à participer à l'amélioration de sa qualité de vie et, en tant que tel, fait partie du protocole de l'essai thérapeutique.
Dans les conférences plénières sur le counseling, les questions du public ont continué à concerner, comme les années précédentes, la définition du counseling, son usage, ses buts et son éthique. Plusieurs interventions américaines ont évoqué l'homophobie intériorisée des counselors comme cause d'échec du counseling et de la prévention auprès des homosexuels. D'autres interventions ont évoqué les limites du counseling auprès des personnes toxicomanes tant qu'on n'offrait pas de réponses aux besoins associés à la toxicomanie.
Il devient urgent d'ouvrir un véritable débat, aux niveaux national et international, sur l'usage et les indications du counseling. La lecture de certains posters révèle que leurs auteurs tentent de prouver l'efficacité du counseling en utilisant des modèles issus des sciences expérimentales totalement inadéquats à une situation d'écoute et à un soutien psychologique.
Peut-on continuer à réduire ainsi la personne à ses comportements sexuels ? Ne risque-t-on pas au contraire d'augmenter les résistances à la prévention ? Il existe d'autres facteurs prédictifs du changement personnel, comme le bien-être émotionnel, une certaine qualité de vie, le lien affectif, l'affirmation de soi. La voie et l'avenir de la prévention nous sont indiqués par les personnes elles-mêmes, si on met à leur disposition des lieux d'écoute protégés et des counselors qui ne réduisent pas le counseling à une peau de chagrin. En clair, si le counseling existait bien avant le sida, il reste que l'existence de l'infection par le VIH ne peut que le transformer et le faire évoluer, dans les théories qui le fondent et les pratiques qui le définissent. - Catherine Tourette-Turgis
N'hésitez pas à adresser vos commentaires et critiques à :
Maryline Rébillon
Commentdire@compuserve.com
1 - PO-D15- 3875 « Couple counselling as a strategy in the management of STD/HIV at the national STD clinic in Uganda » Rubagiza J. et coll.
2 - PO-D21-4063 « The UK multicenter occupational morbidity study : preliminary findings » Miller D. et coll.
3 - PO-D15-3889 « Issues in HIV/AIDS counselling supervision » Bor R. et coll.
4 - WS-D19-5 « Educating physicians for HIV-counselling. A randomized trial of home-study vs. group training » Grüninger U. et coll.